« Autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes… »,
limite et effort dans la culture de la Paix (v.18)
Essaie d’interprétation de Romains12, 14-21
Doctorant Lotins BAHERI N’kekeni (RDC- Kinshasa)
Introduction
Le contexte de la guerre dans mon Pays (RDC) devient de plus en plus préoccupant. Les chaines nationales qu’internationales actuellement ne manquent pas de titre qui concerne la RDC. Les églises, les entreprises, les banques, et d’autres organisations privées ont fermé les portes à l’Est du pays. Les dimanches ressemblent à d’autres jours désormais de la semaine. Ces derniers jours connus comme jours de travail deviennent plutôt des jours fériés. Il faut rester assis à la maison. Par-dessus tout, rester enfermé à la maison car personne ne doit sortir. C’est un contexte de la guerre. Un Etat en conflit exactement. Ceux qui se sont donné étudier la notion de conflit et éducation à la paix, le définissent comme « signe d’existence » (Prof. Vincent Muderhwa). Et dont, toute existence implique la présence du conflit. Dans ce cas, parler de la résolution du conflit en Afrique en général, et au Congo Démocratique en particulier, ne signifierai pas qu’il n’existe pas ailleurs. La vie commence petit à petit à perdre son sens à petit pas. Les politiques risquent d’amener le conflit du sommet de l’état au bas de l’échelle jusqu’aux individus ; juste à cause de l’appartenance à une tribu à la tête du pays soit par vote, soit par coup d’état. Il est difficile de louer la crédibilité des élections partout au monde. De toutes les façons, il y a toujours des rumeurs quelque part.
Je voudrai me servir de du texte de Romain 12, 14-21 pour donner une idée sur la démarche que propose la péricope dans le processus de la recherche de la paix. La démarche est simple. Il est et reste un travail assidu concentré sur soi. En effet, l’exégèse de notre texte ci-haut cité offre une vue autre que l’égo (le doigt pointé vers l’autre que nous pourrait faire prévaloir. Ce texte de Paul, une mise en application, il peut nous servir dans la résolution des conflits en Afrique. Dans cette analyse, nous voulons aborder cinq ci-dessous pour étayer le contenue de notre thématique.
Nous allons explorer :
- Le contexte historique et théologique de Romains 12, 14-21
- Une analyse détaillée des termes grecs et de la structure du passage
- Une comparaison avec d’autres textes bibliques sur la paix et la non-violence
- Une application détaillée aux dynamiques de conflits en Afrique
- Un modèle théologique de réconciliation basé sur Romains 12
- Contexte historique et théologique de Romains 12, 14-21
L’épître aux Romains a été écrite par Paul vers 57-58 ap. J.-C., probablement depuis Corinthe. Paul s’adresse à une communauté chrétienne de Rome composée de Juifs et de païens, dans un contexte où les tensions entre les croyants d’origines différentes sont fortes.
Dans Romains 12, Paul entame une section éthique qui découle directement de sa théologie de la grâce et du salut (Romains 1-11). Il appelle les croyants à une transformation intérieure qui se manifeste par une vie de service, d’amour et de paix. Le passage 12, 14-21 fait écho aux enseignements du Christ, notamment dans le Sermon sur la montagne (Matthieu 5-7). Paul reprend ici le principe du refus de la vengeance et de l’amour des ennemis pour démontrer que le chrétien doit vivre selon un modèle radicalement différent de celui du monde.
Contexte socio-politique et pertinence pour l’Afrique
Le monde romain était marqué par la domination impériale, les persécutions et les conflits entre peuples. L’Afrique, aujourd’hui, connaît des conflits ethniques, religieux et politiques, souvent exacerbés par des injustices historiques et sociales. Nous ne sommes lion de la réalité du Ier siècle. Pour notre intérêt, Paul propose une alternative à la logique de la violence et de la vengeance : une transformation qui commence par le renouvellement de l’esprit (Romains 12, 2) et se traduit en actions concrètes de paix.
- Analyse détaillée des termes grecs et structure du passage
Voici le texte dont la traduction TOB, nous a semblé intéressante.
14 Bénissez ceux qui vous persécutent ; bénissez et ne maudissez pas. 15 Réjouissez -vous avec ceux qui pleurent. 16 Soyez bien d’accord entre vous ; n’ayez pas le goût des grandeurs, mais laissez-vous attirer par ce qui est humble. Ne vous prenez pas pour des sages. 17 Ne rendez à personne le mal pour le mal ; ayez à cœur de faire le bien devant tous les hommes. 18 S’il est possible, pour autant que cela dépend de vous, vivez en paix avec tous les hommes. 19 Ne vous vengez pas vous-même, mes bien-aimés, mais laissez agir la colère de Dieu, car il est écrit : A moi la vengeance, c’est moi qui rétribuerai, dit le Seigneur. 20 Mais si ton ennemi a faim, donne-lui à manger, s’il a soif, donne-lui à boire, car, ce faisant, tu amasseras des charbons ardents sur sa tête. 21 Ne te laisse pas vaincre par le Mal, mais soit vainqueur du mal par le bien.
Je ne suis pas le premier de croire à la victoire du bien sur mal que prône Paul dans ce texte de Romains. Il y a plusieurs théologiens, exégètes et philosophes ont soutenu des arguments similaires à ceux de Paul dans Romains 12, 14-21, en mettant également en avant la victoire du bien sur le mal et le refus de la vengeance humaine. Voici quelques figures majeures qui ont développé ces idées :
- Les Pères de l’Église : L’Exaltation de l’Amour Radical
Jean Chrysostome (347-407) : Dans ses Homélies sur l’Épître aux Romains, il insiste sur la force de l’amour chrétien qui dépasse la nature humaine et transforme l’ennemi en ami. Cet auteur explique que « vaincre le mal par le bien » est une « grandeur divine » qui dépasse la loi du talion.
Augustin d’Hippone (354-430) : dans La Cité de Dieu, il développe l’idée que le mal ne peut être conquis que par le bien, car Dieu seul a autorité pour juger et rendre justice. Il voit dans Romains 12, 21 une dynamique eschatologique : le bien triomphe du mal non par la force, mais par l’amour qui transforme.
- Réformateurs et Théologiens Modernes : Une Réponse Spirituelle au Mal
Martin Luther (1483-1546) : Dans ses commentaires sur Romains, Luther soutient que la vengeance appartient à Dieu et que le chrétien est appelé à un amour qui semble « scandaleux » pour la logique humaine. Il relie cette idée à la justification par la foi, où la grâce de Dieu transforme même les ennemis.
Dietrich Bonhoeffer (1906-1945) : Dans Éthique et Le Prix de la Grâce, il développe la notion de non-violence active inspirée de Jésus. Il voit en Romains 12 un appel à répondre au mal par un bien si puissant qu’il « détruit » l’ennemi spirituellement. Il applique cela à la résistance contre le nazisme, expliquant que vaincre le mal par le bien est un acte révolutionnaire.
- Penseurs Philosophiques et Sociaux : L’Éthique de la Non-Violence
Léon Tolstoï (1828-1910) : Dans Le Royaume de Dieu est en vous, il défend une interprétation radicale de Romains 12, en voyant un appel à rejeter toute forme de violence, même légitime. Son influence se retrouvera dans les mouvements de non-violence modernes.
Mahatma Gandhi (1869-1948) : Bien qu’hindou, il s’inspire du Sermon sur la Montagne et de Romains 12 pour son concept de Satyagraha (résistance par la vérité et l’amour). Il voit dans « vaincre le mal par le bien » une stratégie plus puissante que la riposte violente.
Martin Luther King Jr. (1929-1968) : Dans ses sermons et écrits (A Strength to Love), il cite Romains 12 comme un fondement de la non-violence chrétienne. Il affirme que répondre au mal par le bien est la seule manière d’éteindre la haine et d’établir la justice durablement.
Nous voici là, devant un Principe universel de transformation. Ce qui est sûr, De l’Antiquité à nos jours, ces auteurs soutiennent tous que le bien n’est pas une faiblesse, mais une force qui dépasse le mal. Paul ne prône pas une simple éthique de la passivité, mais une contre-offensive spirituelle où le bien devient une arme brûlante contre le mal.
Une analyse approfondie du texte grec nous permet de mieux saisir l’intensité du message de Paul.
_ Rom12, 14 : ‘’Bénissez ceux qui vous persécutent, bénissez et ne maudissez pas’’εὐλογεῖτε τοὺς διώκοντας ὑμᾶς (eulogeite tous diōkontas hymas) = « Bénissez ceux qui vous poursuivent/persécutent. S’il faut voir le verbe εὐλογεῖν (eulogein) dont l’étymologie n’est autre que dire « bon et parler ». Ce verbe signifie « parler du bien de quelqu’un », ou encore « prier pour son bien ». Paul demande donc une bénédiction active, non un simple pardon passif. Un travail de soi dans la recherche de la paix
μὴ καταρᾶσθε (mē katarasthe) = « Ne maudissez pas »
καταράομαι (kataráomai) désigne un jugement divin ou une malédiction solennelle. Parler du jugement divin, et donc la tache de maudire ne reviens, ne reviendra jamais à l’homme. Le faire, c’est aller en dehors de son job description. Bref, l’interdiction de maudire signifie que le chrétien ne doit pas chercher la destruction de son adversaire, même s’il subit l’injustice.
_ Rom 12, 17-18 : « Ne rendez à personne le mal pour le mal… » κακὸν ἀντὶ κακοῦ (kakon anti kakou) = « mal contre mal ». Il est inadmissible d’afficher le mal face un autre. Réduire le mal par production de son cas contraire, le bien donc ! Paul condamne la loi du talion et appelle à une justice restaurative. εἰ δυνατόν, τὸ ἐξ ὑμῶν μετὰ πάντων ἀνθρώπων εἰρηνεύοντες (ei dunatôn, tô ex humon meta panton eirheneuonntes) qu’on traduit de cette lanière : « S’il est possible, autant que cela dépend de vous, soyez en paix avec tous les hommes. » On peut vouloir faire le bien que l’on en soit interdite. L’autre peut empêcher que l’on aborde le processus de la recherche de paix. Tout par de soi. Cet exercice est personnel et injonctif. Et là, Paul reconnaît les limites humaines, mais insiste sur l’initiative de la paix.
_Rom12, 19-20 : « Ne vous vengez pas vous-mêmes… » Ἀγαπητοί, μὴ ἐκδικοῦντες ἑαυτούς (Agapētoi, mē ekdikountes heautous) ; traduction : « Bien-aimés, ne vous vengez pas vous-mêmes ». En effet, le verbe ἐκδικέω (ekdikeo) signifie « exercer une justice personnelle’’. Une fois de plus la tâche reservé au divin. Paul renvoie la justice à Dieu (cf. Dt 32, 35). ἀλλὰ δότε τόπον τῇ ὀργῇ (alla dote topon tē orgē). Traduction « Mais laissez place à la colère [de Dieu] ». On peut se faire idée que l’un de domaine privé de Dieu ; c’est la colère. L’homme doit éviter se retrouver dans le domaine privé de Dieu. L’idée est que Dieu seul peut juger avec justice.
- Comparaison avec d’autres textes bibliques
Ce passage trouve des parallèles forts dans :
Matthieu 5, 43-48 : « Aimez vos ennemis et priez pour ceux qui vous persécutent »
Luc 6, 27-36 : « Faites du bien à ceux qui vous haïssent »
1 Pierre 3, 9 : « Ne rendez pas mal pour mal »
Proverbes 25, 21-22 : « Si ton ennemi a faim, donne-lui du pain » (cité par Paul en Romains 12, 20). Ces passages renforcent l’idée que la paix chrétienne ne se limite pas à l’absence de conflit, mais implique une action bienveillante envers l’adversaire.
- Application à la résolution des conflits en Afrique
- Les conflits ethniques et la logique de vengeance
L’Afrique a connu des guerres civiles, des génocides (Rwanda 1994), et des conflits communautaires. Je crois que chaque peut mieux situer son cas. En effet, Rom 12 propose un modèle de réconciliation : abandonner la vengeance, rechercher la paix activement.
- La réconciliation interreligieuse
En Afrique, des tensions existent entre chrétiens et musulmans (ex. Nigéria).
Le modèle biblique enseigne que la paix commence par le pardon et la justice restauratrice.
- Les Églises comme médiatrices
Les Églises peuvent promouvoir la réconciliation communautaire à travers : Des commissions de justice et paix, Des programmes de reconstruction post-conflit, L’éducation à la non-violence et au pardon
- Un modèle théologique de réconciliation basé sur Romains 12
Romains 12, 14-21 constitue un fondement théologique puissant pour la résolution des conflits en Afrique. Loin d’une approche passive, Paul invite à une paix active basée sur l’amour, la non-violence et la justice divine. Ce passage est un appel prophétique à transformer les sociétés africaines par des initiatives de pardon et de réconciliation, incarnant ainsi le message du Christ.



